L'ÎLE AUX CHIENS
Du 11/04/2018 au 03/07/2018

PAS FRANCHEMENT POUR LES ENFANTS, EN TOUS CAS PAS AVANT 12 ANS
OURS D'ARGENT DU MEILLEUR RÉALISATEUR • FESTIVAL DE BERLIN 2018
Japon, dans 20 ans. En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les canidés de la ville, envoyés sur une île voisine, véritable déchetterie publique où les toutous exilés dépérissent en se nourrissant de fonds de poubelle. Le jeune Atari, 12 ans, vole un aéroplane et se rend sur cette « île aux chiens » pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.
Dès ses premiers plans, L'île aux chiens est beau à tomber. Les textures, les couleurs, le design des maquettes : tout est absolument adorable, favorable à la rêverie et rendu immédiatement vivant grâce aux mouvements de caméra du réalisateur. Certes, comme on l'a dit, on est ailleurs, au Japon, parfois dans un imaginaire bricoleur à la Michel Gondry, pourtant on est avant tout dans le pur univers de Wes Anderson. Avec une inventivité permanente et son mood particulier, le film est à contre-courant de tout un flot d'animation industrielle qui ne sait pas prendre son temps et qui ne connaît au mieux que la précipitation, au pire que l'hystérie pour donner l'impression qu'il se passe quelque chose à l'écran. Wes Anderson y parvient ici à son propre rythme, propice à la fois à un tout-fantaisiste et un tout-poétique... mais qui laisse suffisamment de place à une évidente allégorie politique. C'était déjà une dimension abordée dans The grand Budapest hotel, élégante comédie sur un monde prêt à basculer dans la barbarie. C'est encore plus direct ici, la belle surprise d'un film que l'on pourrait penser destiné à un public plus jeune – mais c'est aussi une preuve de la haute estime que le réalisateur, très généreux, a de ses spectateurs. Film d'anticipation et d'aventures aux ramifications politiques, L'île aux chiens est un plaidoyer égalitariste plein de mordant et un manifeste antispéciste véhément : à tous les niveaux, un véritable festin.
(D'après Nicolas Bardot • filmdeculte.com)